© Anne Sophie Trivin

Histoire de la facture instrumentale

Percez les secrets de l’histoire de la facture instrumentale à Mirecourt et faites connaissance avec les grands noms de la lutherie et de l’archèterie françaises.

Mirecourt et la facture instrumentale

Une histoire en cinq épisodes

EPISODE 1 – MIRECOURT : LES DEBUTS DE LA FACTURE INSTRUMENTALE (1600 – 1700)

A Mirecourt on trouve les premières traces de la fabrication de violon au début du 17e siècle.

Mais il faut attendre la fin de la Guerre de 30 ans, des guerres menées par la France et des épidémies de peste pour voir cette activité se développer. C’est seulement avec la paix de Ryswick en 1697 et l’avènement du duc de Lorraine Léopold que la ville renaît et se reconstruit. En 1698, les luthiers de Mirecourt  reçoivent une commande d’instruments de la Cour de Lorraine.

EPISODE 2 – LE DÉVELOPPEMENT AU 18e SIÈCLE (1700 – 1800)

Dès le début du 18e siècle, des luthiers quittent Mirecourt pour s’installer  à Paris et participent à la renommée de la lutherie française.  Dans les archives locales,  le terme de « luthier » apparaît en 1728. La lutherie devient un des pôles majeurs de l’activité économique. En 1731, sont dénombrés treize « faiseurs » de violons et en 1732, la duchesse de Lorraine, Elisabeth Charlotte, signe la charte destinée aux «faiseurs de violons» de la ville de Mirecourt. C’est aussi à cette époque qu’apparaît à Mirecourt La fabrication d’instruments de musique mécanique avec les fameuses « serinettes ».  Le métier de facteur d’archet devient un métier à part entière entre 1751 et 1761. En 1780, 62 luthiers, 6 archetiers, 10 compagnons luthiers, 11 marchands de violon, 23 facteurs d’orgue, 1 marchand d’instrument et serinette, soit 113 personnes actives dans la facture instrumentale.  Au cours du siècle, d’autres luthiers migrent à leur tour vers la Belgique, les Pays Bas, l’Italie, l’Espagne et à la fin du siècle, vers la Russie et l’Angleterre. L’exemple de la famille Lupot illustre ce rayonnement européen

EPISODE 3 – DEUX SIÈCLES DE FACTURE INSTRUMENTALE QUI MARQUENT L’ESSOR ÉCONOMIQUE DE MIRECOURT (1800 – 1929)

L’école française de lutherie naît de la rencontre des traditions de l’école de lutherie dite du Vieux Paris, et des écoles allemandes et italiennes.  Nicolas Lupot (Stuttgart 1758 – Paris 1824), surnommé le « Stradivarius français » et Jean Baptiste Vuillaume (Paris 1798 – Paris 1875) sont les représentants majeurs de l’école française au 19e siècle.

Le fondateur de l’archet moderne, François Xavier Tourte (Paris 1748 – 1835), est bientôt suivi par trois grands archetiers mirecurtiens : Etienne Pajeot (Mirecourt 1791-1889), Dominique Peccatte (Mirecourt 1810 – 1874) et François Nicolas Voirin (Mirecourt 1833 – Paris 1885) qui fondent la réputation internationale de l’archèterie française.

La diversification de la production est marquée par une production de guitares dites « romantiques » (1820 – 1850) très appréciée  et recherchée par les musiciens d’aujourd’hui.

C’est avec Didier Nicolas (Mirecourt 1757 – 1833) que l’on constate le développement des ateliers occupant non seulement des ouvriers à demeure mais aussi de nombreux sous traitants, travaillant à domicile à Mirecourt et dans les villages environnants.

Les deux principales entreprises, Thibouville-Lamy et Laberte, se développent à Mirecourt à partir de 1857. Avec la division du travail et la mécanisation de certaines phases de fabrication – moulage des tables et des fonds par exemple – la production augmente, se diversifie et son prix de revient baisse. A Mirecourt, à la fin du siècle, la facture instrumentale regroupe la production d’instruments du quatuor, d’archets, de guitares, de mandolines, d’instruments à vent, de pianos, d’orgues, d’instruments de musique mécanique, d’accessoires et d’outils. Elle occupe environ 800 personnes dans les ateliers et les usines.

La participation des luthiers aux expositions universelles (dès 1802), le dépôt de  nombreux de brevets d’inventions, pour des modèles, des techniques ou des accessoires, attestent à Mirecourt comme à Paris d’un bouillonnement créatif tout au long du 19e siècle.

Après la Révolution française, la fabrication d’instruments de musique mécanique évolue vers des orgues à cylindres plus grands, à la sonorité plus puissante avec l’usage des tuyaux en bois. On y adjoint parfois tambourin et cymbale. Peu à peu, dans les ateliers des facteurs d’orgues,  la facture de serinette cède la place à celle d’orgues mécaniques à cylindres qui trouvent place aussi bien dans les églises, les salons et même dans les rues.

EPISODE 4 – LE DECLIN (1930 – 1970)

A Mirecourt, le déclin de la facture instrumentale débute avec la première guerre mondiale puis se  poursuit entre les deux guerres avec la diffusion des radios et phonographes qui permettent d’écouter de la musique sans faire appel à des musiciens. La crise économique de 1929, la seconde guerre mondiale, la concurrence étrangère et l’inadaptation des moyens de production achèvent l’économie liée à la facture instrumentale  à Mirecourt. En 1970, les trois fabriques de Mirecourt ferment leurs portes. Il ne reste que quelques ateliers d’artisans luthiers et archetiers, sans apprentis.

EPISODE 5 –  LE RENOUVEAU : MÉTIERS D’ART ET PATRIMOINE (1970 – 2020)

A la fin des années 1960, sous le ministère d’André Malraux, à l’initiative du compositeur Marcel Landowski, un vaste plan de relance pour la musique est mis en place avec la création des orchestres symphoniques régionaux et des conservatoires de musique.

A la demande du groupement des luthiers et archetiers d’art de France (G.L.A.A.F), sous l’impulsion des luthiers Etienne Vatelot et Jean Bauer, est décidée en 1970 la création de l’école nationale de lutherie et d’archèterie de Mirecourt. Depuis 1990, les élèves français et étrangers finalisent leur formation dans cette école, au Lycée J. B. Vuillaume par un diplôme des Métiers d’Art (DMA).

Le musée de la lutherie et de l’archèterie est créé en 1973, à l’initiative des mêmes luthiers. Il est labellisé Musée de France depuis 2002.

En 1997, La Ville de Mirecourt acquiert la collection d’instruments de musique mécanique constituée par le brocanteur de Maurice Dussour. Elle est valorisée à la Maison de la musique mécanique où les instruments présentés sont joués lors des visites guidées.

En 2006, est inauguré « Le sentiers de luthiers », un parcours piéton dans la Mirecourt pour rendre hommage aux savoir-faire de la facture instrumentale.  Enfin en 2009, l’atelier du musée est ouvert à aux publics et animé par des professionnels luthiers ou archetiers. Il s’agit également de valoriser in situ le fonds de l’atelier de la famille Gérôme (fabricants de guitares et mandolines).

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